Chronique | Pourquoi y a-t-il une pénurie d’officiels? Des chercheuses tentent de comprendre
Une équipe de chercheuses de l’Université Laval mène présentement la deuxième phase d’une importante étude sur un mal qui frappe le sport amateur et qui s’est rapidement répandu à travers le monde : le taux d’abandon élevé des jeunes officiels. En 2021, la publication de la phase 1 de l’étude de l’Université Laval sur les expériences des jeunes officiels du Québec (Parent, S., Radziszewski, S., Fortier, J., et St-Pierre, E.) avait suscité beaucoup de réactions et de réflexions dans notre univers sportif. À la sortie de la pandémie, un phénomène qui était déjà préoccupant dans plusieurs pays s’est accentué. Plusieurs fédérations québécoises se sont retrouvées aux prises avec de sévères pénuries d’officiels. D’une part, il était devenu plus difficile d’en recruter de nouveaux. D’autre part, les taux de rétention des jeunes officiels comptant une ou deux années d’expérience étaient anormalement faibles. Le ministère de l’Éducation s’était alors tourné vers l’Université Laval afin d’identifier la ou les sources de cet épineux problème. Il était ressorti de la première phase de l’étude que tous les participants interrogés (27) disaient avoir vécu de la violence dans le cadre de leurs fonctions d’arbitre. Selon les témoignages recueillis, ces épisodes de violence se déclinaient en deux tendances distinctes : Il y avait d’abord la violence dite « moins sévère » à laquelle les officiels se sont dits confrontés à tous les matchs ou à tous les deux matchs. La violence « moins sévère » était décrite comme des cris et des insultes dits « légers ». Les officiels interrogés rapportaient aussi que des épisodes de violence « plus sévère » survenaient une à deux fois par saison. On évoquait alors des gestes physiques plus agressifs ou des comportements plus menaçants entraînant des expulsions et nécessitant même parfois un appel à la police. À ce jour, de façon générale, les problèmes de recrutement et de rétention des officiels persistent. *** Après avoir fait cet inquiétant constat dans la phase no 1 de ses travaux, l’équipe de l’Université Laval a décidé d’ouvrir les vannes et de pousser l’affaire plus loin. Avec l’aide des fédérations québécoises de soccer, de hockey, de baseball, de basketball, de softball et de volleyball, les chercheuses ont lancé une vaste étude longitudinale. Quelque 450 nouveaux arbitres œuvrant dans ces 6 disciplines sont ainsi suivis depuis près de 2 ans. Ces travaux majeurs visent à identifier tant les facteurs qui incitent les officiels à poursuivre leur implication, que les facteurs qui les découragent de le faire. Parce qu’elle focalise sur les jeunes officiels, cette recherche de l’Université Laval se démarque de nombreuses autres qui ont été faites ailleurs. Beaucoup d’autres travaux ont été réalisés avec des officiels adultes ou avec des professionnels, souligne Mme Radziszewski. Mais voilà, le fait de se pencher sur les problématiques auxquelles font face des sujets plus jeunes comporte aussi sa part de défis. Outre les 450 officiels qu’elle suit dans le cadre de son étude longitudinale, l’équipe de recherche de Laval peine à rejoindre une catégorie de jeunes arbitres – ceux qui ont abandonné la profession – qui est essentielle à leur compréhension du phénomène. Jusqu’à présent, l’équipe de l’Université Laval constate que les anciens jeunes arbitres semblent peu enclins à répondre – ou peut-être même à ouvrir – les courriels qui leur sont envoyés par leur ancienne fédération sportive. D’où cet appel à l’aide du public. Si vous êtes l’un de ces anciens officiels ou que vous en connaissez un, voilà donc une occasion de contribuer à une meilleure compréhension de cette problématique et d’aider à assainir notre petit univers sportif. Il est possible de contacter l’équipe de recherche de l’Université Laval à l’adresse : ejoq@fse.ulaval.caLes jeunes de 14 à 17 ans forment une grande partie de notre bassin d'arbitres au Québec. Lors de la première phase de notre étude, nous avions commencé avec des entrevues pour vraiment comprendre l’expérience de violence vécue par ces arbitres. Puis, ça nous a amenées à vouloir aller plus loin
, indique Stéphanie Radziszewski, professeure adjointe à la Faculté des sciences de l’éducation (Département d'éducation physique) de l’Université Laval.Ce qui est triste, et ces remarques sont revenues dans d’autres études faites ailleurs, c'est que plusieurs officiels m’ont dit que ça fait partie de leur travail de subir la violence. Ça m’a marquée. Je me souviendrai toujours du jeune qui m'a dit : “Nous, les arbitres, c’est normal. Nous sommes la troisième équipe sur la glace et nous sommes censés être haïs”. Ça montre qu’il y a une normalisation de la violence et que les officiels eux-mêmes intériorisent ça à l’âge de 14, 15 ou 16 ans
, souligne Stéphanie Radziszewski, qui a elle-même agi comme arbitre dans le passé. Il y a plusieurs responsables de fédérations qui s’estiment chanceux si seulement 50 % ou 60 % de leurs arbitres reviennent après leur première saison. Pour comprendre ce qui se passe, nous questionnons les jeunes officiels avant et après leur première saison, et après leur deuxième [le cas échéant]. Quand on fait de la recherche, on veut que ce soit utile. Dans le cas qui nous occupe, on souhaite inspirer des stratégies de soutien aux arbitres ou des stratégies de recrutement. Nous voulons aussi favoriser le développement à long terme des officiels en contribuant à créer pour eux des milieux plus inclusifs et davantage promoteurs de leur bien-être
, explique la professeure Radziszewski.Pour vraiment comprendre le processus, on veut aussi parler à des personnes qui ont quitté l’arbitrage. On veut comprendre leur réflexion en essayant, par exemple, d’identifier à quel moment leur enthousiasme a commencé à diminuer ou à quel moment ils ont décidé d’abandonner. On veut savoir s’ils ont parlé à quelqu’un au sein de leur organisation. Bref, on veut comprendre ce qui pourrait être mieux fait à l’avenir pour identifier des moments charnières et pour mieux soutenir les arbitres
, affirme la chercheuse.Nous cherchons des officiels qui ont quitté au cours des 4 dernières années et qui étaient âgés de 14 à 20 ans quand ils ont mis fin à leur implication. C’est un étudiant de Laval qui fera une entrevue avec eux dans le cadre de son projet de mémoire. On comprend que c’est un investissement de temps d’accorder une entrevue. Mais cette démarche est importante parce qu’elle nous permet d’aller en profondeur et de saisir des nuances
, souligne Stéphanie Radziszewski.
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